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Script de Sketchs

La méprise

L’artiste entre en scène en tremblant et essaye de parler au public. Il a la voix vaseuse et l’air atterré. Il dit : – Je ne peux pas, non, je ne peux pas. Tout le monde peut le faire, mais moi, je ne peux pas. Il n’y a rien à faire.

Il va vers la porte et revient aussitôt en se tenant la tête, très agité, terrifié… L’artiste se remet à parler :
– Il n’y a rien à faire. Dites-moi comment vous faites, vous, parce que tout le monde peut le faire, mais moi, je n’y arrive pas. En qui peut-on avoir confiance, de nos jours. En elle, là-bas ? Ou en toi ? En qui puis-je avoir confiance ?

Il dit cela en feignant la peur des femmes qu’il pointe du doigt pour l’exemple, et poursuit :
– Votre vie est peut-être foutue, mais vous ne le savez pas encore. Moi j’ai peur de la savoir, pourtant… Mais vous, avez-vous passé le test ? Non ? Moi si ! Il m’attend depuis ce matin, derrière cette porte, et j’ai trop peur de savoir.

Il croit entendre des commentaires du public et y répond :
– Quoi ? Moi, trouillard ? Qui a dit ça ? J’aimerais bien vous y voir. Si vous alliez le chercher à ma place, mais voilà, vous ne pouvez pas y aller à ma place. Bon, allez, encouragez-moi. Il faut bien que j’y aille, que je sache si j’ai gagné le “jackpot” ou non. Allez, attendez-moi, je reviens.

Et l’artiste passe la porte… Puis revient, tenant une lettre à la main. L’artiste reste immobile, sans dire un mot, les yeux plongés dans la lettre, puis il lève la tête et dit :
– Qu’est-ce que vous avez à me regarder. Vous aimeriez bien savoir ce qu’elle contient ?

Il commence à s’énerver :
– Si je vous le dis, je vous connais, vous allez tous vous tirer. Non, mais je sais ce que vous croyez, ce que vous pensez. Vous êtes tous persuadés que ça s’attrape en buvant dans son verre, en mangeant dans son assiette, en dormant dans le même lit, en utilisant sa brosse à dent, parfois en lui serrant la main.

Il poursuit :
– Vous là ! Voulez-vous bien me serrer la main ? Non, vous voyez, la preuve, mais c’est faux. Moi, je peux vous le dire, si, si. Vous pouvez faire tout ce que je viens de dire et même de l’embrasser.

L’artiste réfléchit un court instant et dit :
– Pourquoi, pourquoi moi. C’est injuste, je n’ai jamais trompé ma femme, enfin je crois. Je ne me suis jamais piqué non plus, sauf par des médecins, mais ils n’auraient pas osé. Quoi que. J’ai peur d’être rejeté par ma famille, mes amis et par la société.

L’artiste se met à pleurer :br/> – J’ai peur, aidez-moi. J’ai besoin de vous, je ne sais plus quoi faire. Ma vie est foutue. Dois-je le lui dire. Elle croira que je l’ai trompé. Bon, j’y vais, je me jette à l’eau.

Il rentre chez lui, s’assoie et parle à sa femme :
– Ça va ma chérie, tu as passé une bonne journée. Moi, oui, oui. Qu’est-ce que j’ai fait ? Pas grand-chose, non. J’ai passé une très bonne journée et je ne me suis pas ennuyé une seule minute. Dis-moi, il faut que je te parle. Assieds-toi, ça vaut mieux. Qu’est-ce qu’il y a ? Ce n’est pas grave, non, non. Voilà !

Les mots ont du mal à sortir et il reprend :
– Non, tan pis, laisse tomber. On verra cela plus tard. Oh ! Et puis attend, je vais te le dire. Tu as fait tes tests, toi ? Hein, pourquoi je te demande ça ? Non pour rien. Il n’y a pas de quoi s’en faire. On en reparlera demain.

Et il poursuit :
– Comment, tu sors encore ce soir ? Depuis quelque temps, tu n’arrêtes pas. Oui, je sais, tu vas me dire que tu as beaucoup de travail à faire. Non, je ne t’en veux pas. Il n’y a pas de problème, vas-y. A demain.

A ce moment, il remarque une boîte, posée sur la table et se demande ce qu’elle contient. Il se dirige vers elle, la prend et se retourne surpris. Il manque deux préservatifs.
– Non ! Pas elle ? Vous voulez dire que… Qu’elle me, m’a, non ! Ce n’est pas possible ? Mais c’est qu’elle me trompe la salope !!!

A ce moment, le téléphone sonne et l’artiste décroche :
– Allo ! Oui ! C’est moi-même… Vous êtes sur ??? Bien, merci ! Au revoir.

L’artiste se met à délirer… Saute de joie et dit :
– Je n’ai pas le sida, tu te rends compte ? Ils se sont trompés de fiche.

Il s’arrête net et poursuit :
– Oh ! Pardon !

Brusquement, il part à sa rencontre et crie :
– Chérie, attend ! Tu as oublié le principal. Protège nous bien…

Gabriel Porro
Frédéric Deslandes

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