« Une pièce de théâtre doit être le lieu où le monde visible et le monde invisible se touchent et se heurtent. »
Savez-vous que dans certains cas, le théâtre peut être utilisé comme outil thérapeutique ? Cela facilite le contact, permet d’améliorer la confiance en soi, de dépasser sa timidité mais aussi de lutter contre le stress ou encore de développer sa créativité.
La création de l'atelier
Depuis 2008, l’association Options Arts Médias a instauré un atelier de théâtre, nommé l’atelier Baladins, ouvert à toutes et à tous dans le but de favoriser l’inclusion. Se retrouvent alors des personnes à la fois valides et handicapées, réunies par la passion de la comédie, dans le but de mettre en œuvre des sketchs, des pièces de théâtre et des moments d’improvisation. Depuis l’atelier, plusieurs créations ont vu le jour. Parmi lesquelles « Et si on se voyait » « Le droit des patients impatients » ou encore « Clin d’œil express ».
Retour sur « Clin d'œil express »
C’est sur cette dernière pièce que j’aimerais m’attarder. Il s’agit de la dernière en date, écrite, mise en scène et interprétée par Frédéric Deslandes, le directeur et fondateur de l’association. Ce spectacle musical mêle humour et handicap. Basé sur des anecdotes et des faits réels, il est interprété avec humour dans le but de faire changer le regard sur le handicap. Parmi les dix comédiens et comédiennes de la troupe, quatre sont malvoyants.
Quelques témoignages...
Pour mieux comprendre le fonctionnement de l’atelier, je me suis entretenue avec quelques comédiennes. Parmi elles, Anne-Laure, non-voyante, m’explique comment elle a vécu l’inclusion au sein de la pièce :
« Pour moi, c’est une association qui prône l’inclusion, c’est-à-dire qu’on accepte autant les voyants que les non-voyants. On en parle beaucoup dans la société, mais entre en parler et vraiment le faire, il y a une marge. Souvent, les gens en parlent, mais après, quand il s’agit d’agir, il faut être honnête que ça peut faire peur. […] C’est l’inverse qui s’est passé, c’est les voyants qui se sont sentis inclus, parce que pour eux, ce n’était pas évident non plus. Quand on ne connaît pas le milieu des déficients visuels, il faut s’adapter sans a priori.»
Virginie est une autre comédienne de la troupe. Elle est valide et fait partie de l’association depuis 2019. Lorsque je lui demande comment se passent les répétitions et l’intégration des personnes handicapées, elle raconte :
« Comment dire… Il y a l’intelligence du cœur. On connaît le handicap et du coup, on le pallie. Si on sait qu’elle est dure d’oreille, on va parler d’une certaine façon à une certaine distance. Ça paraît évident. C’est simple, parfois on se fait un monde de pas grand-chose. Des fois il y a des gaffes, des jeux de mots, ça parait tellement naturel, c’est justement ça qui est intéressant, c’est cette parole qui circule, qui est libre. »
Marie, ancienne stagiaire sur la co-production de cette pièce, pense que la mixité sociale présente dans l’association favorise l’inclusion. Alors, lorsqu’elle était chargée de faire répéter Anne-Laure, elle découvre les choses autrement :
« J’ai dû juste créer des petits exercices, mais c’était vraiment rien. Ça m’a pris trois fois rien de temps. Ça m’a fait découvrir d’autres façons de travailler. C’était super enrichissant, mais franchement, il n’y avait pas d’effort particulier. C’est être attentif à son prochain. C’est tout. Ça donne envie de découvrir l’autre. »
Les témoignages parlent d’eux-mêmes, « L’atelier Baladins » prouve que l’inclusion gagne quand on ose essayer. Cela ne se décrète pas mais se fabrique, à échelle humaine.

